Bertrand
Il "faut" que je vous parle de Bertrand. Première porte à gauche dans le couloir. 42 ans, marié, sans enfant, féru de basket (uniquement dans les gradins). L'un des deux seuls hommes du service. Je le surnomme "Hop hop hop !" à cause d'un tic de langage dont il ne cherche pas à se débarrasser, et abuse depuis que je me fous gentiment de lui. En retour, il m'appelle "Situldis !", je ne vois pas du tout pourquoi ! 😬
Ce type est détesté par presque toutes les nanas (au nombre de 10) du fameux couloir, à part Christine la pin-up, Catherine (que je vous présenterai peut-être un jour) et moi-même. Le ratel est sa cheffe et je ne sais pas ce qu'elle pense de lui, si tant est qu'elle pense de temps en temps ; ce qui - à ma connaissance - n'a encore jamais été prouvé, parce que personne n'a jamais eu véritablement envie de se coller à la tâche/tache. L'accord sur son QI de gallinacée semblant être tacitement reconduit d'année en année par l'ensemble du service ; manifestement résigné, parce qu'impuissant, en attendant son départ à la retraite.
J'ai mis un certain temps avant de comprendre pourquoi Hop hop hop ! cristallisait autant d'animosité. Le mec est plutôt rigolo, sympa, s'intéresse à plein de choses, rend service à ceux qu'il apprécie et fait son taf tranquillou - sans plusss - mais il le fait.
"Mais alors quel est le problème avec lui ?!!" m'esclaffais-je dernièrement à la pause-café ; à laquelle il ne participe jamais parce que ce type est tout sauf fourbe et qu'il sent l'hostilité à des kilomètres.
"Il copine avec les profs !!!" m'a-t-on répondu à (presque) l'unisson.
"Et alors ???" osé-je demander, gonflée d'audace, prête à parer une éventuelle gifle...
"C'EST PAS NORMAL !!!" m'a-t-on... "expliqué".
Voilà voilà... me suis-je dit... c'est pas normal de copiner avec des profs. Comment n'y avais-je pas songé toute seule ?! 😆
Mais bon sang mais quelle idée de copiner avec des profs ?!!! Ces êtres maléfiques, qui ne foutent rien de l'année, regardent ARTE, sont toujours exténués et n'attendent que les vacances pour dépenser leur énorme salaire dans la visite exclusive des musées. Les cons !!!
Quel régal lorsque - deux jours plus tard - à la cantine, l'occasion s'est présentée à moi - comme une fleur d'aubaine - de glisser dans la conversation que j'avais moi-même été prof et que ce n'était pas un métier aussi facile qu'il en avait l'air.
"Hop hop hop !" ai-je ajouté en regardant Bertrand, l'oeil rieur. "Si tu l'dis !" m'a-t-il répondu, en étouffant un ricanement.
Un moment délicieux, que j'ai savouré de tous mes pores, en observant le malaise de certaines autour de la table ha ha !
On s'amuse comme on peut dans ce monde de brutes.
