Mâle-être

Publié le par La Zitoune

Lorsque l'on attend des membres d'une catégorie identifiée de personnes qu'ils prouvent leur innocence, se justifient sans cesse ou bien se taisent, seulement parce qu'il est indéniable qu'ils appartiennent à cette catégorie de personnes, on bascule dans quelque chose, non ? Comment appelle-t-on cela déjà ? Mais si... vous savez... quand l'on se met à exiger des autres, par exemple les hommes, qu'ils montrent patte blanche au nom d'une lutte ou d'une idée - au demeurant louables, comme le féminisme... cela s'appelle comment déjà ?! Arghhhh ! je l'ai sur le bout de la langue... Ah oui ! c'est une pensée totalitaire. Ça m'est revenu d'un coup dis donc.
C'est moche les pensées totalitaires, non ? 
Boris Cyrulnik explique de façon magistrale comment des pensées simples et linéaires - qui semblent vraies et incontestables - peuvent insidieusement s'imposer dans une société à un moment donné. Il parle de récitation partagée par toutes les formes d'intégrismes, y compris les plus pernicieuses ou perdues au milieu d'un océan de bonnes intentions.
Une pensée paresseuse - piégeuse pour elle-même - qui coupe le monde en deux : d'un côté les bons, de l'autre les mauvais.
Évidemment que la lutte contre les mauvais, les salauds qui s'en prennent aux femmes, est légitime et nécessaire, et j'en suis sans retenue ; qu'on ne vienne pas me dire le contraire parce que je ne promets pas d'être diplomate. MAIS quand le bon - le type bien, qui n'a jamais rien fait de mal à une femme, qui a pour seul tort d'être né homme (quelle idée saugrenue aussi !) - doit prouver qu'il n'est pas mauvais ou qu'on attend de lui qu'il se justifie ou se taise, en fonction du contexte, "on" l'envisage bel et bien sous un angle fragmenté, et l'on se comporte bel et bien envers lui de manière totalitaire. Ce qui conduit invariablement à des échanges totalement absurdes, au sens péjoratif du terme.
Pour lutter contre une pensée totalitaire donc linéaire, il faut s'efforcer à la pensée complexe. C'est fatigant, certes, mais gratifiant aussi, et souvent plus efficace pour obtenir ce que l'on convoite.
Je n'ai pas la prétention d'y parvenir toujours, évidemment. Pour le prétendre, il faudrait que j'aie le plafond encore plus bas qu'il ne l'est déjà. Point trop n'en faut.
Mais je pense à mon fils en écrivant ce texte ; bien plus respectueux des femmes et profondément féministe que bien des grandes bouches médiatisées (hommes et femmes confondus), qui me donnent envie de ruer dans les brancards de ce néo-féminisme dans lequel je ne me reconnais pas toujours.
Et je suis bien aise de ne pas être née homme, parce que franchement, vivre cette suspicion permanente, si l'on est soi-même un féministe pratiquant et/ou irréprochable avec le sexe opposé, ne semble pas être une sinécure ni un dimanche de mariage à Bamako. De plus, je ne suis pas certaine que cela serve fondamentalement LA cause de jeter l'opprobre sur toute une catégorie de personnes, ou d'instaurer un climat peu propice aux avancées en profondeur.
Ce ne sont pas les complexés du service trois pièces atrophié (on peut au moins imaginer qu'il l'est) qui diront le contraire.
Et je ne dis pas ça pour pécho le mâle viril, j'ai déjà tout ce qu'il me faut ! 😇


Illustration de Fabien. Merci ! 🥰

Publicité
Mâle-être

Publié dans Lys

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article