Crise de la quarantaine

Publié le par La Zitoune

Ce virus a tout transformé, lentement mais sûrement. Malgré nous et presque à notre insu.
Notre quotidien évidemment, notre rapport à la maladie, à la mort, à nos proches, à l'Autre, au travail, à la Nature, à l'illusoire toute-puissance humaine, notre temporalité, notre hygiène, nos habitudes alimentaires, de consommation, mais aussi nos valeurs, nos centres d'intérêt, notre rythme, notre narcissisme ; tout est chamboulé, reconsidéré. Peut-être en profondeur, et souhaitons-le collectivement, tant le monde est faiblard et agonisant. Ce n'est pas le pangolin qui démentira. Ni les Services publics hospitaliers. Mais la crise s'étire en longueur et l'on y croit de moins en moins. La société de surconsommation a encore de beaux jours devant elle. Amazon également. Le Stade de France s'est métamorphosé en vaccinodrome et l'on assiste - médusés - au match FC Pfizer contre l'Olympique Moderna.
Edgar Morin y voyait l’occasion de prendre durablement conscience que l’amour, l’amitié, la communion et la solidarité font la qualité de la vie. Il a suffi d'être confiné loin de ceux que l'on aime pour bien ressentir ce qui est important ou pas dans la Vie. 
On craint toujours comme la teigne ce cochonnet coiffé en pétard, ce punk, qu'on ne voit pas, mais qui peut être partout ; sur une lettre, un emballage, une poignée de porte, un bouton d'ascenseur, une main, un postillon. Menace invisible qui pénètre les muqueuses sans consentement et sans discernement. Un violeur en série improfilable, même par le docteur Reid d'"Esprits criminels".
Alors on le désagrège dans la Javel ou le gel hydroalcoolique, le noie dans l'eau savonneuse, le brûle dans les lessives à 60 °, le tient en respect avec des gants en latex et des masques confectionnés dans des socquettes à Mickey. On le met en quarantaine à l'extérieur. On lui fait la nique derrière des vitres en plexiglas. Mais on se surprend également à le féliciter quand il précipite des sociopathes dans la mort. Ce qui est sans doute moralement douteux, j'en conviens volontiers, mais on ne va quand même pas s'inventer des deuils à faire de gens dans le camp du Mal qu'on ne pouvait pas voir en peinture. Dors Xavier Dor.
Quelqu'un a des nouvelles de Jean-Marie Le Pen ?
Quand le ministre de la Santé israélien parlait du COVID-19 comme d'une punition divine à l'encontre des homosexuels et se chopait la maladie dans la foulée, on faisait une petite danse du ventre dans la pelouse. Enfin, moi en tout cas. Non, je n'ai pas honte. 
J'avais repris deux fois des pâtes à l'ail à l'annonce de la toux sèche de Boris Johnson, qui testait dans sa chair et ses poumons les effets de sa politique ultralibérale, dans laquelle la loi des marchés tue chaque jour sans l'aide d'aucun virus pandémique. Rien de tel que l'expérimentation sur le terrain pour ouvrir les chakras.
Cette super grippe - et ses variants - ne touchent pas que les pauvres, les faibles ou le quidam, mais aussi les riches, les puissants et les ordures ; certains ne se gênant pas pour cumuler. Les grands de ce monde sont aussi des mortels, et pas des demi-dieux ; c'est bon qu'une entité invisible - en l'occurrence le plus petit être vivant - leur rappelle cette base irréductible : ils peuvent être malades et crever comme tout le monde (ou presque... si l'on fait abstraction que la médecine a plusieurs vitesses). L'oublier peut les clouer au lit, sur le ventre et sous respirateur, après un bon gueuleton dans les ors de la République ou dans des dîners clandestins démasqués. 
Le coronavirus ne s'achète pas, il est incorruptible. C'est bien sa seule qualité. On peut le choper en mangeant du caviar arrosé de  champagne chez Pierre-Jean Chalencon.

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Publié dans Lys

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