Floutage de gueule

Publié le par La Zitoune

Je me souviens d'un temps où l'on pouvait encore se rendre au Salon du polar. J'avais alors assisté à une conférence sur la genèse du roman policier et appris avec stupeur et moult tremblements que ce genre reste codifié au-delà de ce que l'on pourrait imaginer. C'est-à-dire que si vous ne suivez pas les codes, les éditeurs vous envoient paître la luzerne ou vous tirent la tronche en biais (si vous avez déjà percé dans le métier, évidemment). Le conférencier expliquait que dans son tout premier polar, son flic était lui-même un assassin et que cela avait particulièrement déplu aux éditeurs. Ça ne se fait pas, paraît-il ! La flicaille ne peut pas être meurtrière, elle doit choisir son camp. Ça m'avait scotchée, j'avoue.
Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas être un poulet ET un salaud. Josef Mengele était bien médecin. Et Jean-Claude Romand aussi ! 😃
Qui peut se targuer de n'être que gentil et honnête ? On a tous connu des humanitaires qui piquent dans la caisse, des professeurs de philo racistes, des politiques véreux, des écrivains plagiaires, des coiffeurs chauves, des infirmières brutales, des cuisiniers empoisonneurs, des garagistes déjantés, des surdoués débiles, des mères cruelles, des psychiatres dépressifs, des voyantes aveugles, des curés pédophiles et même - comble du comble - des orthophonistes bègues. Alors pourquoi pas des flics violeurs ou dépeceurs ?
HEING ? POURQUOI ?!
Cette haine anti-policiers me révolte au plus haut point. À bas la discrimination positive ! Laissons les condés, les gardiens de la paix, les hirondelles et les barbouzes être des peaux de vache si bon leur semble ! De quel droit les empêcherait-on de s'épanouir professionnellement ?! Les ripoux sont des êtres humains comme les autres. Ne les sacrifions pas sur l'autel des occis morts (oui oh ça va ! je peux me faire plaisir de temps en temps, zut ! 😄).
Ouvrons les yeux... l'oeil ? Oh un Flash-Ball...
Trop tard ! 😬
Il ne faut pas non plus qu'on sache d'entrée de jeu qui est l'assassin. Ça ne se fait pas, qu'il avait aussi dit le conférencier. Et Columbo alors ?!!!
Les éditeurs sont parfois de gros réactionnaires. Leur binarité ne les honorant pas, il semblerait que l'on n'ait pas le droit d'écrire ce que l'on veut. Enfin si, l'on peut toujours, mais voilà quoi... on prend le risque de voir ses tapuscrits moisir dans les tiroirs et dévorés par les champignons. Ils nous font suer avec leur volonté de tout lisser, de tout uniformiser. Les codes, toujours les codes, et la suradaptation qui va avec. Le déni de réalité et l'évitement des sujets me font à-peu-près autant grincer des articulations que le bien-penser moralisateur qui en découle. Sans parler de la novlangue qui permet de ne pas nommer les choses. Quelle chienlit !
Cela doit quand même ternir la créativité de se mettre au diapason des exigences de cette seigneurie éditoriale. En plus, et ce n'est pas rien, ils prennent vraiment les lecteurs pour des dadais, des espèces de robots qu'il ne faudrait pas perturber avec des trames trop originales ou différentes, des gens conventionnels un peu benêts et incapables d'envisager qu'un type ou une nana en uniforme puisse être un crevard. Ce n'est pas comme si les faits divers regorgeaient d'histoires abracadabrantesques ou que la réalité dépassait souvent la pire des fictions ! Bref. La norme, toujours la norme... la norme nous les brise. Breaking the norme !
Tiens, je vais casser les codes et écrire sur une journaliste d'investigation tueuse en série. Je l'appellerai Élise Lucet, au hasard !
On verra si ça passe. 😅


Merci Jean Perrochaud, alias Sakado, pour l'illustration au pied levé ! 😍

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Floutage de gueule

Publié dans Lys

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