Et Cyrano rencontra Hamlet 

Publié le par La Zitoune

Adaptation et belle prouesse de Fabien


« To be or not to be ? C’est tout ? Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme…
En variant le ton, – par exemple, tenez :
Agressif : « Y a-t-il plus de noblesse à souffrir les coups, les heurts
Les outrages d’une destinée désinvolte
Qu’à prendre les armes contre cet océan de douleurs
Et y mettre fin d’une définitive révolte ? »
Amical : « Mourir
Dormir, rien de plus »
Descriptif : « Et, par le sommeil sonner le glas
Des maux du cœur et des mille chocs reçus
Qui de la chair palpitante sont le lourd tribut »
Curieux : « Voilà bien un dénouement dont on aurait un fervent désir.
Mourir, dormir
Dormir…
Rêver peut-être ? »
Gracieux : « Ha, là donc plonge ses racines tout le mal. »
Truculent : « A la pensée que dans un sommeil fatal,
Quand de nos oripeaux mortels nous trouverions soulagés,
Sauraient nous agonir encore de bien cruels songes,
Tout en nous subitement se fige, et à notre désastre immense
Faisons l’offrande d’une existence qui déjà trop se prolonge. »
Prévenant : « Car qui oserait subir le fouet du temps et ses injures,
Les avanies de l’oppresseur, le mépris des puissants, »
Tendre : « De l’amour contrarié les infinies douleurs,
Du pouvoir les insolences, de la loi les lenteurs. »
Cavalier : Et à l’effort méritant infligées
Les rebuffades d’hommes indignes,
S’il pouvait en être seulement quitte d’un coeur poignardé ? »
Emphatique : « Qui consentirait à ployer sous son fardeau,
A grogner et suer sur le fil d’une vie accablée,
Si la crainte de quelque chose après la mort,
Contrée inexplorée d’où nul voyageur jamais s’en retourne,
Ne troublait sa volonté ? »
Dramatique : « Jusqu’à finalement préférer endurer des tourments connus
Que s’élancer vers tant d’autres qu’il ignore ? »
Admiratif : « Ainsi la conscience accouche en nous le poltron. »
Lyrique : « De sorte que les couleurs vives de la résolution qui se dresse
Blêmissent devant les noirs reflets de la pensée. »
Respectueux : « C’est alors que le dessein le plus sublime
Au lit de la rêverie se couche
Et, enfin, de l’action porte le deuil. »
Enfin parodiant William en un sanglot :
« Oh ! Ne parle plus, Hamlet. Tu tournes mes regards au fond de mon âme ; et j'y vois des taches si noires et si tenaces que rien ne peut les effacer. »
– Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit
Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n’avez que les quatre qui forment le mot : chou !
Eussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n’en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d’une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve. »

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Et Cyrano rencontra Hamlet 

Publié dans Textes de Fabien

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